Lundi 19 mai 2008


            J’acquiesce à son idée de génie, et m’empresse de descendre l’escalier en évitant de courir. Tant pis pour toi mon garçon, je te laisse en plan, mais 200 g à 70 euro le gramme, ça devrait bien arranger mes finances. Alors tu m’excuseras de ne pas m’attarder, il y a certains locataires de cet immeuble que je souhaiterais éviter de rencontrer.

           J’atterris sur le palier qui mène à l’entrée de l’immeuble lorsque la porte s’ouvre et entre une femme d’une cinquantaine d’années, grande, brune, jupe prêt du corps coupée admirablement (euphémisme pour dire nana bien roulé..) très classe, qui a dut en faire baver plus d'un dans sa jeunesse. Elle force le respect et me gratifie d’un bonjour poli et souriant auquel je réponds un minable "bonjoir" à la Bigard, c’est à dire n’importe quoi, avec la tête honteuse et baissé du gars qui sort d’un sex-shop en pleine après-midi rue Ballainvilliers.


          Mon pif * (encore lui) me dit que c’est LA locataire qu’il ne fallait pas que je croise. Je ne me pose même pas la question, j’en suis sûr. Et merde, fallait que ça m’arrive. S'il y avait un festival de la poisse je serai en Guest Star sans problème. Je sors, je suis sur le trottoir de la rue St Hérem, et cette ville qui m’a vu naître et grandir, que je connais par cœur ou presque, tout d’un coup j’y suis perdu. Mais alors ce qui s’appelle largué.


           Je ne sais pas si je dois repasser chez mon ex avec le risque d’être suivi, retourner bosser directement, ou prendre un aller simple pour un pays étranger ou on ne me retrouvera jamais, style la Dordogne ou la Picardie**. Cette dope je ne l’ai pas encore goûté que je suis déjà parano, elle est forte la garce. Je laisse mes jambes décider de la direction et finalemlent je remonte la rue, en direction de l'Hôtel de Ville.


          Je n’ose pas me retourner, je décide de marcher et marcher encore, puis poser le colis en lieu sûr. Ensuite j’aviserai. Je passe par la Cathédrale, place de la Victoire je croise quelques têtes connues que je salue d’un hochement du chef. Le temps humide de ce début d’année et le vent froid qui tourbillonne à cet endroit n’incite pas à sortir les mains des poches, ni à se taper la causette (encore moins à se taper Cosette, vraiment trop froid) ça m’arrange, trop flippé pour faire la conversation.


           J’attaque les petites rues du vieux Clermont, celles-mêmes arpentées jadis par Alexandre Vialatte, et qu’il a su décrire admirablement. Allez voir les recueils de ses chroniques, vous m’en direz des nouvelles (ou inversement). Je gamberge, j’essaie de faire le point. Qui a mon nom ? la proprio et c’est tout. Le serrurier je ne lui ai pas donné. Bon, je vois mal quelqu’un appeler se plaignant d’un vol de 200 g de Coke, que c’est inadmissible et qu’il va porter plainte. Il faut juste qu’elle ne me retrouve pas. Je suis physionomiste, j’ai photographié son visage. Reste à me faire oublier et à l’éviter, ça devrait marcher.

              Enfin.., j’espère…


* nez : "c'est un roc ! un pic ! c'est un cap ! que dis-je c'est un cap, c'est une péninsule !"
* La Picardie : j'avais également pensé à m'expatrier en Creuse, mais il faut un passeport et des vaccins à jour, alors..
A suivre...

Par Lolo Graf - Publié dans : Rom Pol Fic Auto Bio Light
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