Lundi 26 mai 2008


                              Quand je vous disais que c’était une conversation en bois. On fais tous la même chose tout les week-end. Il y a rarement de surprise. Les mêmes personnes dans les même lieux, dans l’ordre ou dans le désordre, c’est toujours la même course qui se joue ou presque. C’est l’inconvénient des petites villes. Mais bon, je ne peux pas lui en vouloir à la petite Sandy, si elle m’avait demandé ce que j’avais fait le week-end dernier j’aurai répondu quasiment la même chose.


                            Mère nature (le Père, lui, il s’en fout, il est au bistrot avec ses potes..) me rappelle qu’il serait de bon ton de faire la vidange, et me voilà en train d’attendre devant les toilettes à l’étage du dessus. Je prie pour que ce soit un mec à l’intérieur, ça urge*... 
                          
                            Des pas dans l’escalier, je me retourne, j’ai vraiment l’impression d’être acteur malgré moi de Surprise-Surprise, car c’est la femme que je suis censé éviter qui s’approche. Il faut se rendre à l’évidence, je suis "plus doué pour récolter les ennuis que pour semer l’ennemi". A l’instant même où je l’ai aperçu dans le bar, j’aurai dus partir illico. Il va falloir improviser, être créatif et pertinent, et être bon pour une fois…

- Re-bonjour ou plutôt bonsoir, me dit-elle ponctué d’un large sourire Colgate**, nous nous sommes déjà croisés cet après-midi il me semble ?


- C’est exact.


                             J’ai un grand vide dans la tête, comme un trou de mémoire pendant une représentation théâtrale, je n’arrive pas à trouver une formule qui me permettrait de créer le doute quand à ma présence dans son immeuble. Du style « je passais voir un ami qui habite au troisième.. » mais en plus crédible et surtout naturel. En même temps, si je dis ça, elle va certainement se demander pourquoi j’ai ce besoin urgent de justifier ma présence, aurais-je quelque chose à me reprocher ? Donc, comme au poker, je paie pour voir, j’attends qu’elle abatte ses cartes. J’improviserai en fonction de son jeu.


- Vous êtes le futur locataire du loft du deuxième ?


- Oui. Enfin non. A vrai dire, je n’ai pas encore fait mon choix, j’en ai d’autres à visiter alors j’hésite.


- Je suis arrivé au bon moment me semble-t-il cet après-midi, cela m’a permis de constater le « beau » travail de votre serrurier…


- Le serrurier mandaté par la propriétaire plus exactement. Je ne connaissais pas mieux que lui les lieux, je n’ai donc pas pu éviter la confusion des appartements. Je n’ai malheureusement fait que regarder et constater les dégâts. Je suis navré de ce qui est arrivé.


- Mais vous n’avais même pas pris le temps de visiter le loft du premier apparemment, le serrurier vous a cherché partout, vous deviez être très pressé de partir…en voir d’autres certainement…

Elle joue avec moi, la bougresse***.


- Certes, j’avais déjà perdu trop de temps comme ça (vrai) et mon travail ne me permet pas de m’absenter très longtemps (faux). D’autant plus que je ne cherche pas spécialement un loft (vrai) et j’en avais d’autres à voir dans l’après-midi (faux). Et puis, entre nous, si tout le voisinage est aussi curieux que vous, je crois que j’ai bien fait de laisser tomber. J’aime la discrétion et je fuis les commérages. Mes soucis personnels me suffisent amplement.

 

- Pardonnez-moi, mais avouez que lorsque vous rentrez chez vous, que vous trouvez une nouvelle serrure à votre porte et que vous croisez des étrangers dans le couloir, vous vous posez naturellement des questions, vous ne croyez pas ?


- Comme quoi par exemple ?


- Comme : Pourquoi ce trafic de serrure ? Qui sont ces gens ? Sont-ils rentrés chez moi ? ne m’aurait-on point dérobé quelque chose ?


- Vous avez les réponses à vos questions, non ? je peux aller pisser si ça ne vous dérange pas ? c’est très agréable de discuter avec vous, mais là je ne tiens plus.


Ca commence à me gonfler et pas que la vessie.


                           Je m’engouffre dans les toilettes minuscules enfin libérées, parce que c’est vrai que je ne tiens plus. Un peu plus je me pissais dessus. Ca aurait été délicat de jouer aux durs avec une auréole au niveau du bas-ventre et une flaque autour des chaussures.


                          Au moment ou je ferme le loquet et m’apprête à déboutonner ma braguette (putain de mode des braguettes à boutons, ça devrait être interdit aux buveurs de bières.), une voix derrière la porte me susurre :

-      Nous nous reverrons bientôt, j’ai une proposition à vous faire.

 

                        Blanc. Un ange passe, moi je pisse.

 

Après m’être finalement copieusement arrosé les pompes tellement

je tremblais, je ressort, elle avait disparu.



* ...urge : Oui, bon, rien de macho là-dedans, simple constatation par empirisme : les mecs sont souvents plus rapide à pisser que les filles, me trompes-je ?
** Colgate : C'est vrai ? j'ai gagné mon poids en dentifrice ? cool...
*** Bougresse : Féminin de bougre, bigre !

A suivre..

 

Par Lolo Graf - Publié dans : Rom Pol Fic Auto Bio Light
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