J’aperçois mon pote
James, l’initiateur du SMS et infatigable dragueur, déjà au boulot avec deux minettes. Comme c’est mon ami, et qu’il faut toujours aider ses amis, je me propose de l’assister afin de rendre
l’échange plus paritable*..
- Salut James, tu vas ?
(bises)
- Bien, et toi ?
Sans attendre ma réponse (c’est là qu’il est pro le James, il sait qu’il ne faut
jamais lâcher une proie plus de 30 secondes lorsqu’on est entouré de prédateurs, surtout si elle est blonde)
- Je te présente Marie, jeune architecte DPLG** nouvellement installée à son compte, et Sonia (la blonde) qui tient un
Internet-café. Voici mon ami et ex-collègue (je comprends qu’il leur a fait l’article sur notre expérience passé d’associé dans une petite agence de pub dans les années 90)
Lolo.
J’enchaine les banalités d’usage, ponctués de traits humoristiques et de de culture à deux balles. Je
suis présent physiquement mais absent d’esprit. Je commence à fatiguer nerveusement . Trop de stress, trop de complication dans ma vie qui n’aspire qu’à de l’amour et du calme. Je voudrais
simplement être heureux, c’est trop demander aujourd’hui ? Aimer mon fils, m’en occuper, être amoureux, vivre en harmonie, avoir des potes, partir visiter le monde qui m’entoure, faire des
trucs bien quoi.
C’est si utopiste que ça comme aspiration ? Ils me font chier tous dans ce vernissage, je ne suis pas en
phase, j’ai le coup de speed. J’ai le cerveau qui bouillonne et le cœur qui tape à 130 BPM. James qui me connaît par cœur, le sens. Je le vois dans son coup d’œil interrogateur qui me dit
« kèçe kya, t pas en canne ». Même sans parler il faut qu'il me parle en langage sms ce con. J' vous jure, elle est belle la France...
Je prétexte un besoin naturel pour m'eclipser et aller me faire un trait. Je suis en terrain connu, ces chiottes n’ont aucun secret pour moi. Je fais vite et efficace, "pas vus pas pris". On ne peut pas dire que ça me calme, ce n’est pas vraiment le but du jeu, mais disons que ça distrait mon esprit, chasse mes idées noires et me re-concentre sur le décolleté avantageux de la petite Sonia dans lequel j'irai bien me noyer du reste.. Vu la façon qu'elle a de me les coller sous le nez à tout bout de champ, j'ai bien l'impresssion que ce soir je vais faire une petite randonnée sympathique sur ses deux Monts de la Vache et de Lassolas***.
Je scotche un moment avec l’artiste qui est un
confrère également du milieu de la pub. Heureusement, il a oublié d’être con, et on parle graphisme, peinture, de formes et de courbes, de couleurs, bref de truc intéressant, rien à
voir avec des histoires de boulots et de clients-chiants (pléonasme) ou d’informatique-de-merde (re-pléonasme). Ca fait du bien. Ses toiles sont peu fouillées techniquement (au premier
abord en tout cas) mais très graphiques. Des représentations féminines essentiellement, des vénus callipyges aux formes généreuses, comme je les aimes.
Il a le vent en poupe, ses expos s’enchaînent et ses toiles se vendent bien. J’en ai moi-même fait
l’acquisition d’une il y a quelque temps, par goût d’abord, et par volonté également de construire un héritage « culturel » pour mon fils. Je suis un panier percé, je sais pertinemment
qu’il y a peu de chance (sauf miracle de la Française des jeux, encore faudrait-il que je joue..) que je puisse offrir un patrimoine immobilier.
Aussi ais-je décidé de me constituer une petite collection personnelle dont je profiterais de mon vivant et
que je transmettrais ensuite, avec pourquoi pas, la volonté de lui transmettre une certaine idée du "beau" (selon mon œil évidemment). Et dans le lot, peut-être une toile
aura-t-elle pris de la valeur ? (l'espoir fait vivre)
Pendant ce temps James et moi avons définitivement
marqué**** notre territoir
autour des deux minettes, c'est chasse gardé pour cette soirée, qui risque d'être
longue je l'espère..
* paritable : trop sympa. Et sans me forcer en plus.
** DPLG : Direct Pour La Galère
*** Mont de la Vache et de Lassolas : Quand je vous ai dis que je ferai du local, je fais du local...
**** marqué : Oui monsieur ! nous avons pissé en rond autour d'elle plusieurs fois pendant le vernissage, en grognant dès qu'un mâle s'approchait un peu trop près.
A suivre...